Ces papiers d'Amérique(s) sont aussi à leur manière les papiers d'un jour.

Un journal, peut-être ? Un carnet, plus sûrement. Des notes et des impressions. Des textes gouvernés par la circonstance. Improvisés quand il faut. Mal écrits souvent, à la hâte ou sur le vif.

D’une intention encore mal éclaircie. Ils (se) cherchent moins quelque patronage littéraire qu'à découvrir cette intention.

Des papiers, encore. Drôle de matière. Moins emblème que dissonance, lorsqu’on les mesure à leurs ponctuations numériques. Il arrive toutefois qu'ils s’accordent avec le sens qu'ils possèdent en langue anglaise. Ils (re)deviennent alors une catégorie du discours.

Ce sont généralement plutôt des brèves, des citations ou des gloses. Des bouts d'expérience, qui deviennent par accident métaphores. Des morceaux d'actualité. Et pour tout dire, les digressions y occupent le centre.

Les dates qui leur répondent, aléatoires ou affectives, ne tiennent elles-mêmes que de fendre un peu des événements de nature très diverse, intimes ou publics, quelconques - incertains.

Pour l'essentiel, tout y est vu d'ici.

mardi 19 juin 2018

JAKOBSON, LÉVI-STRAUSS, MAUSS, ETC.

Débat Caillé / Magnilier sur France Culture. Peut-on faire le deuil du structuralisme ? (19 juin 2018) à l'occasion de la correspondance Lévi-Strauss / Jakobson : https://www.franceculture.fr/emissions/la-grande-table-2eme-partie/peut-faire-le-deuil-du-structuralisme

CARMINA BURANA

Ensemble vocal de Villa Maria. 7 juin 2018. – Montage vidéo : Maureen Marovitch. https://vimeo.com/275637076/b006d1e866

CITATION POUR CE JOUR

Valère Novarina, encore : « […] le plus important, c’est le phrasé : la démarche verbale » (L’envers de l’esprit, Paris, P.O.L, 2009, p. 32). 

lundi 18 juin 2018

(DÉ)CONSIDÉRATION

À verser à l’archive des politiques universitaires et des politiques du savoir : la contribution de Stéphane Martineau, professeur en sciences de l’éducation, à la rubrique « Opinion » du Devoir (16 juin 2018), Une version mercantile de l’université, qui replace le conflit social de l’Université du Québec à Trois-Rivières ces derniers mois dans la perspective d’un « mal bien plus grave et bien plus profond », approximativement daté par ailleurs (« depuis des décennies »), une « vision purement économique de l’université », terme des « tendances néolibérales de nos politiques publiques ». En direction des lecteurs, et des lecteurs non familiers ou non spécialistes, l’intention est louable qui consiste à alerter sur les dégâts de ces politiques ; l’analyse dans son ensemble valide sans être originale ni profonde. Elle éclaire sans doute les événements récents ; et il conviendrait de bien souligner que la crise – très localisée – dont elle s’occupe se place du côté du personnel si on la mesure en particulier aux événements les plus importants de ces dernières années : le Printemps Érable à l’échelle provinciale – pour l’essentiel un mouvement étudiant dont nombre d’enjeux croisent ces mêmes politiques. Sans contredire la démarche de l’auteur, je conserve malgré moi un réflexe irrité à observer certains emplois qui passent souvent de discours en discours, sans être questionnés ni contextualisés : « tendances néolibérales » ou « établissements de hauts savoirs » par exemple. Comme si on pouvait s’accorder spontanément avec les définitions et les références masquées derrière chacune de ces expressions. Au reste, l’article n’a d’autre ambition qu’une description avant tout empirique : clientélisme et dispositifs de soutien onéreux pour répondre à la hantise sociale du drop-out ; pratiques de gouvernance de moins en moins collaboratrices conjuguées au déclassement de professeurs dépossédés de leur pouvoir et de leur liberté ; promotion de plus en plus exclusive de la recherche subventionnée au point qu’un « professeur productif scientifiquement mais sans subvention y est peu considéré ». Ce dernier point a retenu mon attention par sa valeur de détail et, s’il m’est impossible de le réfuter au vu de l’expérience (sans m’attarder à « professeur productif » qui fait le lit de l’idéologie dénoncée), je m’interroge néanmoins sur la nature de cette considération. On l’inscrirait volontiers dans l’ordre de la reconnaissance institutionnelle et symbolique. Il reste qu’elle renvoie probablement à un autre enjeu : cette mise aux marges des acteurs des savoirs et des disciplines est le risque même de ces politiques – elle cristallise l’ignorance d’un système en assurant d’un même geste sa mutation.

PROSE GRINÇANTE

À comparer l’entreprise de poètes en prose de Baudelaire à Verlaine, par-delà le travail mêlé, peut-être encore obscur et indistinct, de continuation,  et pourtant rien du débutant – spécialement « Par la croisée » (1870), cette nouvelle histoire de fenêtre qui s’écrit sous l’œil narquois d’un magot de la Chine, tournoyant au gré du vent, pour se faire écriture grinçante, je comprends ce qui depuis des années (trop de temps en tous cas) m’attachera toujours en priorité au second : en se tenant « très bas » comme l’un des personnages de ce court récit, au plus humble, Verlaine prive régulièrement Baudelaire de ses bases métaphysiques voire théologiques. Et ce qui vaut pour la mélancolie s’applique également au comique, mais empêche du même coup Verlaine d’être un suiveur ou un imitateur, comme il y en eut tant. L’école Baudelaire, sujet d’orgueil inavouable et de ricanement implacable de la part du principal intéressé.

vendredi 15 juin 2018

L'OUBLI DU DIALOGUE

L’hypothèse théorique des assemblages ouvre sur une analytique du continu et coordonne le continu et le singulier sous l’espèce de ce qu’à plusieurs reprises Benveniste qualifie de « nouveau » ou « nouveauté ». La lecture s’inscrit dans ce paradigme. « À l’idée que l’écrivain « fait une expérienceneuve du monde » et « la dévoile par une expression neuve » répondent certains effets : « le poète éveille le sentiment, éduque la perception, avive l’impression de la chose unique » (p. 598). D’où l’accent porté sur l’émotion – et Benveniste trame ce lieu commun sans le questionner. Du processus à l’action de ce processus, la question devient donc celle de la reconnaissance et de la connaissance de la nouveauté dont sont ou seraient porteuses et l’expérience et l’expression du poète.
Il reste que sous l’enseigne de la « communication poétique » Benveniste n’envisage guère en sa « zone émotive » qu’un « auditeur – qui n’est pas un interlocuteur (il n’attend pas de réponse de lui) » (p. 238) ou se réfère à un interlocuteur « émotionnellement impliqué » mais « en tant que récepteur du discours », sorte de contrepartie de la « situation “normale” de partenaire de dialogue » (p. 248). Comme s’il avait mis en oubli sa propre théorie et réamorcé le débat depuis une conception psychophysiologique du sujet. Et le rapport du sens aux sensations, du sens à l’émotion l'occupe régulièrement.
À cette date, la majorité des articles portant sur la linguistique de l’énonciation et du dialogue ont été publiés : 

Structure des relations de personne dans le verbe
1946
Bulletin de la Société linguistique de Paris, XLIII
La nature des pronoms
1956
For Roman Jakobson
Les verbes délocutifs
1958
Mélanges Spitzer
De la subjectivité dans le langage
1958
Journal de psychologie
Les relations de temps dans le verbe français
1959
Bulletin de la Société linguistique de Paris, XLVI
La philosophie analytique et le langage
1963
Les Études philosophiques, I
Structures des relations d’auxiliarité
1965
Acta Linguistica Hafniensia, 1
L’antonyme et le pronom en français moderne
1965
Bulletin de la Société linguistique de Paris, LX
Le langage et l’expérience humaine
1965
Diogène, 51
Structure de la langue et structure de la société
1968
Linguaggi nella società e nella tecnica

Pour autant, il ne me semble pas que l’approche esthétique s’accorde vraiment avec la théorie de l’énonciation ; elle s’y substitue plutôt pour prendre en charge le double phénomène de l’intersubjectivité et de la transsubjectivité.
Assez de creuser à petits coups de pelle. Je ferme ces pages.

À LIRE, À CONSTRUIRE

Le point majeur de dissension que je peux avoir avec cette théorie émergente des assemblages, c’est ce que le terme conserve d’architectural et de mécaniste – le côté LEGO ou, pour suggérer une version plus noblement savante, le bricolage à la manière de Lévi-Strauss. En outre, c’est bien plus qu’une performance du montage : cela induit la coopération ou la production ou l’invention du lecteur, question que Benveniste néglige presque entièrement. Car l’unité par l’ensemble, l’ensemble par l’unité qui se trouve au cœur du processus des assemblages poétiques n’est pas une positivité identifiable. Elle n’est pas reconnaissable a priori comme le sont le phonème ou le morphème. Elle est en cours : à construire et à connaître simultanément.

RUMINATIO

Exactitude du jugement pour qualifier dans leur ensemble ces notes, listes, morceaux plus ou moins développés, des concepts à l’essai qu’il faut soi-même assembler. La déception qui entoure la découverte, dès lors que le travail descriptif et analytique ne tend guère à l’état formalisé de propositions ; l’intérêt intellectuel que ces manuscrits suscitent malgré tout, par les errements, les obstacles, les angles morts : la rumination ou « écriture ruminée » selon Irène Fenoglio (« Les notes de travail d’Émile Benveniste : où la pensée théorique naît via son énonciation », Langage et société. Écritures scientifiques, carnets, notes, ébauches, n°127, Paris, Éditions de la Maison des Sciences de l’Homme, 2009, p. 33.) Dans cette rumination, il y a de l’obsession – et celle-ci se laisse lire à travers la scansion perpétuée de l’adjectif et du substantif « poétique » - centre nerveux de la pensée. 

GRAMMAIRE SÉMANTIQUE ?

Il me semble avoir manqué ce morceau, l’appel dans Baudelaire de Benveniste à une « grammaire sémantique (ou poétique ?) » (p. 672). Et il insiste sur « l’originalité » de Baudelaire dans ce domaine. Au feuillet précédent, il rature « structure » et le remplace par « grammaire » (p. 670). Mots d’époque. Similarité et nuance. L'air de rien. 1969 est la date de publication en français de Morphologie du conte de Vladimir Propp. En 1968, Todorov propose une « grammaire du récit », qui dégagerait une « structure commune » ou « grammaire universelle », en étudiant « des activités symboliques autres que les langues naturelles » mais  sur la base des catégories disponibles dans ces mêmes langues. Le menu structuraliste : combinatoires, invariants, universaux. Au même moment, dans « Poetry of Grammar and Grammar of Poetry », Jakobson met l’accent sur le principe général et généralisable du parallélisme, équivalences ou divergences morphologiques, syntaxiques, lexicales ou métriques. Et Benveniste n’y échappe pas qui décrit par exemple le parallélisme strophique des voyelles (p. 372-374). Mais il y a quelque chose qui résiste : grammaire sémantique, ça n’a a priori que peu de sens, littéralement contradictoire ; grammaire poétique à la rigueur. L’expression est résolument tensive : elle ressortit à l’oxymore, il faut faire l’effort de se l’imaginer comme l’obscure clarté qui descend des étoiles dans Le Cid. Ce qui pointe, c’est peut-être l’enjeu de l’entreprise en son ensemble : cette grammaire qui est à fonder, théorie à constituer ou à venir, travaille peut-être à contre-courant. Elle tend précisément à déformaliser le point de vue sur la poésie. Sa force est là.

LA PAROLE DÉPOUILLÉE

Pourquoi au fil du temps cet attachement obstiné au poème, que je ne ressens jamais comme un genre de l’écriture ? Et alors que je lis nombre de romans, essais ou drames. Cela tient, je crois, à la parole dépouillée, ce qui est débarrassé des effets de fictions ou des effets de réel. Ne pas s’en laisser conter par une histoire.

L'AUTRE AMÉRICANITÉ


Nelson Charest (dir.), L’américanité des poètes français. Le cas des montévidéens, Études françaises, 47-2, Université Laval.

jeudi 31 mai 2018

UNITÉS ÉVOCANTES

Tenir jusqu’au bout la contradiction : « C’est dire que le mot est l’unité fondamentale, mais une unité de nature tout autre que celle qui est admise pour le mot lexical » (Baudelaire, p. 658). Et par définition, ce que laisse apparaître le régime poétique du discours, c’est que « le mot ne signifie pas (seulement), mais qu’il évoque » (p. 656). Les mots comme autre nom possible du continu (?) – instauré par assemblages et propriétés associatives – permettrait de passer du lexical au poétique comme de l’intenté au suggéré (p. 717) – vers des « unités évocantes » (p. 616).

LE MOT CONTRE LE SIGNE

La notion est suspecte, tenue aux marges par la majorité des linguistes, et pourtant Benveniste non seulement la réserve mais la remotive. Déjà dans Problèmes : impossible de l’exclure du métalangage, il a une nécessité par rapport à signe, et opère sur la base sémiotique / sémantique. Le mot et la phrase appartiennent au même monde. Mais le terme n’est pas dépourvu d’ambiguïté. Dans Problèmes, il s’apparente au nom de son acception sémantique à l'unité lexicale et entre dans le couple lexème vs morphème. Il a encore ce statut dans Baudelaire : les listes de vocabulaire. Et Benveniste me semble plus résolument lexicaliste que syntaxier. 

LA PHRASE AUX MARGES

La relation entre le continu et la « phrase-chant » de Mallarmé, celui des Poésies, plus que du Coup de dés, est d’autant plus notable que Benveniste dissocie au nom du discours le signe du mot dont il cherche la théorie (Baudelaire, p. 596), et reconnaît le « poème ». Mais l’élément qui démarque l’essai de poétique est le retrait de la phrase, qui est pourtant à la base de sa critique du signe dans Problèmes de linguistique générale, définie au rang d’unité du discours, au point qu’elle devient l’instrument d’une nouvelle épistémologie linguistique à fonder. Comme si tout était à redémontrer ou à refaire devant les vers des Fleurs du Mal

ASSEMBLAGE (ENCORE)

L’assemblage m’apparaît avec plus de clarté. À titre général, il présuppose la discontinuité voire l’hétérogénéité des éléments qu’il met en rapport, il organise une économie de la différence. Dans un premier temps, il porte sur la cohérence structurelle des énoncés et les mécanismes combinatoires qui en sont la source. Il appartient déjà au vocabulaire des Problèmes qui parlent de « l’assemblage sélectif et distinctif » en vue de produire des « unités signifiantes » (t. I, p. 62) ou de « la contrainte des lois de leur assemblage » (t. II, p. 227). Dans ce cadre, l’assemblage implique les phénomènes de hiérarchie, notoirement dans le domaine de la syntaxe. Il active également l’idée de « construction » (Baudelaire, p. 28) comme il gouverne les processus de dégroupement ou de « groupement » (p. 646) des signes, sans que ceux-ci soient limités aux cas prosodiques et métriques. Dans un deuxième temps, il prend la forme de « l’agencement » ou de « l’arrangement » (Problèmes, t. I, p. 96) qui déterminent non seulement un ordre mais explicitent la relation partie-tout entre les unités. À ce stade, il se révèle néanmoins irréductible à la seule logique des combinaisons, puisque de « l’assemblage des mots » résultent aussi un « sens » et une référence qui sont inséparables d’un « emploi » (t. II, p. 226) et d’une situation de discours. Or de même qu’il est « sujet à changer » et obéit aux « configurations particulières du mouvant » (t. I, p. 333), ainsi qu’il advient pour le rythme dissocié de la fixité formelle du skema, cet arrangement se révèle « original » lorsqu’il s’agit de phrases dont « le modèle ne peut avoir été donné directement » (t. II, p. 19). Ce ne sont plus alors « les éléments constitutifs qui comptent » mais « l’organisation d’ensemble » (id.). Ce faisant, Benveniste invite à dissocier l’idée même d’ensemble de celle de totalité, qui me semble l’un des enjeux majeurs des manuscrits de poétique : l’assemblage contribue sans nul doute à l’émergence d’une « unité de globalité enveloppant des parties » (Problèmes, t. I, p. 22) mais cette unité résiste simultanément à ces parties. Autrement dit, dans sa généralité ou son approximation, la terminologie que convoque Benveniste a pour effet de réinscrire l’analyse dans le champ pré-phrastique et le halo synonymique de l’âge classique (voir l’état lexicographique de J.-P. Seguin), là où phrase voisine avec dictionexpression et façon de parler. Du moins met-elle beaucoup moins l’accent sur des principes structurels constants qui gouverneraient la formation de la phrase que sur des assemblages entendus comme suites ou séries discursives continues.

SYNTAGMATION (BIS)

L’appareil notionnel reste provisoire, aléatoire, qui cherche à rendre compte du processus même du continu : entre les catégories techniques et les demi-concepts. Syntagmation (voir post de novembre 2017) est celui qui résiste le plus. À comparer : « Sémiologie de la langue » : « Du signe à la phrase il n’y a pas transition, ni par syntagmation ni autrement. Un hiatus les sépare. » (Problèmes, t. II, p. 65) ; « La forme et le sens dans le langage » : « Sur ce fondement sémiotique, la langue-discours construit une sémantique propre, une signification de l’intenté produite par syntagmation des mots où chaque mot ne retient qu’une petite partie de la valeur qu’il a en tant que signe. » (Problèmes, t. II, p. 229). La  question débattue n'est pas similaire, et la distinction signe / mot s’y déploie déjà. La deuxième occurrence est celle que retiennent les manuscrits du Baudelaire

LE PARADOXE DU SINGULIER

Le paradoxe le plus éclairant, qui est le paradoxe du singulier – et Benveniste y revient de manière obsessionnelle comme lorsqu’il observe que chez Baudelaire la rection des prépositions et la syntaxe de manière générale se révèlent identiques aux régularités des productions ordinaires. De même, les mots, « pris séparément », sont entièrement « ceux de la langue ordinaire » (p. 558). Or ils fondent « une expérience toute personnelle et unique » par le biais d’une « langue » qui « n’est […] pas connue a priori » (p. 634). Cette langue dans la langue rappelle la déclaration célèbre de Proust dans Contre Sainte-Beuve : « Les beaux livres sont écrits dans une sorte de langue étrangère ». Du point de vue du signe, l’œuvre demeure reconnaissable, puisqu’elle appartient encore au système de la langue, dont elle est une réalisation. Du point de vue de l’art, elle est encore à connaître, puisqu’elle est l’acte « d’un poète, et elle est réinventée par lui dans chacun de ses poèmes » (p. 442). Benveniste décline inlassablement cette idée.

ÉCUEIL NOMINALISTE

L’instabilité conceptuelle : langage poétiquelangue poétique – et la visée de spécificité n’exclut pas par endroits que la réflexion formelle se risque à l’essentialité ou l'essentialisation. Mais Benveniste reconnaît par ailleurs l’aporie de l’entreprise, ce qui la condamne peut-être pour partie : « chaque poète a sa langue poétique » (p. 454). Écueil nominaliste. La langue qui est l’objet est prise dans l’énonciation, ce que sous-entendent « exercice » et « réalisation » lorsque Benveniste « situe le problème » au niveau « non du signe mais du discours ou mieux du poème en tant que réalisation d’un certain exercice de la langue poétique » (p. 540).

B(R)OUILLON EXPÉRIMENTAL

La lisibilité encore du Baudelaire – et non le graphisme des ratures, hésitations ou repentirs, en soi intéressant. Les feuillets sont rédigés à la suite d’un projet d’article en 1967, probablement une commande de Langages. Voir introduction de Chloé Laplantine. Le plus frappant, c’est qu’ils organisent une archive mouvante et instable. De ce qui n’est pas même un livre, encore moins une théorie unifiée et achevée, mais autant de séquences répétées ou ratées que de progrès et de tentatives, il est difficile bien entendu d’extraire des conclusions viables. Il faut en prendre son parti, en faire l'amorce de sa propre investigation. Au seuil de l’intuition ou de la description, des cohérences multiples s’ajoutent plutôt et interagissent, il me semble. Mais ce b(r)ouillon expérimental présente une autre difficulté. Car on y entre moyennant certains présupposés, eux-mêmes variables, et à mon avis impossibles à ignorer : par comparaison et rétroaction avec les Problèmes de linguistique générale, en raison même du changement de cadre épistémologique, et en premier lieu la remise en cause des structuralismes dont la théorie de l’énonciation, la double promotion de la subjectivité et de l’historicité chez Benveniste, établissent précisément les « premières fissures » (François Dosse, Histoire du structuralisme, t. II), le désamarrage disciplinaire et institutionnel entre le champ linguistique et les études littéraires, sans oublier les modèles d’analyse qui ont changé sur la poésie, et Baudelaire spécialement. Ce statut paradoxal de non-œuvre qu’occupent les manuscrits de Benveniste en fait pour cette raison un laboratoire de la lecture. C’est ce qui apparaît avec l’iconique, le pathétique et l’esthétique par exemple. Les voies qui y sont tracées se coordonnent toutes cependant à un enjeu qui est aussi le point de butée de l’entreprise, en marque l’humilité, s’il n’explique pas son inachèvement : « La théorie de la langue poétique n’existe pas encore / Le présent essai a pour but d’en hâter un peu l’avènement » (p. 452). La théorie vise logiquement une spécificité : « La langue poétique doit être considérée en elle-même et pour elle-même. Elle a un autre mode de signification que la langue ordinaire, et elle doit recevoir un appareil de définitions distinctes. Elle appellera une linguistique différente. » (p. 640). Pas de solution de continuité avec l’ordinaire du langage. En apparence. L’ordre poétique entraîne une « conversion du point de vue », « tentative » que Benveniste estime « radicale » (p. 184). De nature épistémologique, cette conversion se traduit par une mise en crise des catégories en usage. Elle est du même geste l’occasion d’éprouver de nouveaux concepts, ce que dénote en partie la « terminologie à inventer » (p. 168) : « système signifique » (p. 34), « iconisant » et « iconisé » (p. 134), « eicasme » (p. 138) ou « pathème » (p. 152). Mais le néologisme n’est pas le garant de l’innovation. Ni l’intention scientifique à laquelle il ressortit isolée, sans précédents ni d’imposants modèles. Rappel : une première version de « Linguistics and Poetics » est présentée par Roman Jakobson dès 1958 lors d’une conférence à l’Université Indiana, puis remaniée en 1960 pour le volume de Thomas A. Sebeok, Style in Language (MIT Press). L’article en collaboration avec Claude Lévi-Strauss sur « Les Chats » de Baudelaire paraît en 1962 dans L’Homme, revue française d’anthropologie (t. II, n°1). En ce sens, le Baudelaire n’est peut-être pas ce qu’on appellerait la « poétique de Benveniste », mais il constitue au moins un essai de poétique, et s’avise devant ces « questions d’art » d’être en « terrae incognitae » (p. 672), l’auteur reprenant prudemment une déclaration du projet de préface aux Fleurs du Mal.

LISIBILITÉ

La lisibilité du Baudelaire se pose immédiatement. Qu’est-ce qu’on peut en faire ? Car il ne s’agit pas d’un livre. Et tandis qu’il se risque à une élucidation constante par goût de la découverte, il porte aussi sa date et rend sensibles les limites d’une forme de rationalité qui est aussi la signature d’une époque. Ce que vérifient sur un mode positiviste exemples et méthodes : statistiques lexicales, listes d’images et de figures, distribution des phonèmes, approches fonctionnelles, etc. Ou les parallélismes façon Jakobson. Pourtant, tels qu’ils ont été transmis ces feuillets importent peut-être moins par les hypothèses et les réponses – rarement abouties – que par les cheminements, les errances et les obstacles dont ils sont la preuve. En effet, si le Baudelaire est lisible, c’est d’abord comme questionnement, au sens le plus littéral de ce qui change l’objet – la poésie – en question. Et ce qui rend passionnant cette mise en série, c’est que cette question demeure fondamentalement irrésolue. Ça coince, ça grippe, ça bute. 

LA PASSION DES MANUSCRITS ET AUTRES POSTHUMES

En relisant pour contribution le Baudelaire de Benveniste, et alors que le texte fascine, je me dis que décidément je n’ai guère la passion des manuscrits. Ce qui m’irrite, c’est le statut d’œuvres donné à ces dossiers invisibles et secrets, intimes pour certains, comme ces cours publics qui n’ont été que paroles provisoires. Des circonstances que les lecteurs éternisent. Et cette publication-là s’inscrit dans son temps – consciemment et inconsciemment. Bien entendu, et c’est l’intérêt majeur, il y a dans cet éclairage une actualité inattendue de Benveniste comme pour Langues, cultures, religions (Lambert-Lucas, 2015) et Dernières leçons : Collège de France 1968 et 1969 (Gallimard / Seuil / EHESS, 2012). Il reste que le contemporain a le goût du posthume – notable au tournant des années 90. Y-a-t-il un seul des auteurs – de ceux qui ont inventé le XXesiècle – qui échappe à cet effet ? Lévi-Strauss entré en Pléiade un an avant sa mort ; Barthes, entre les Œuvres complètes à la manière d’un classique, les séminaires et les textes autobiographiques ; Deleuze (L’île déserte, 2002, Deux régimes de fous, 2003, Lettres et autres textes, 2015 ; et je ne parle pas de L'ABCédaire prévu à cet effet, ou des enregistrements Paris 8) ; Lacan, Autres écrits (2001) ; la vingtaine d’ouvrages qui a suivi la disparition de Jacques Derrida en 2004. Foucault – l’illusion d’une œuvre seconde : Leçons sur la volonté de savoir, Naissance de la biopolitique, L’herméneutique du sujet, Le gouvernement de soi et des autres. Etc. C’est le marché de la rétrospection, qui conjugue la mise en intrigue à une représentation du siècle. Ces inédits, reliques, cours, papiers sont une manière d’archiver et d’écrire l’histoire.

mardi 29 mai 2018

MAUVAISE LECTURE

Aussi, au rang des souvenirs, il est 3 h 05 a.m., ce que l’insomnie autorise… – The Dying Animal m’a laissé perplexe.
Pourquoi ? Mauvaise lecture ?

IRONIE

Roth de nouveau. Il y a certes cette singulière saveur du texte romanesque, toujours repris, et partie de l’œuvre me reste encore inconnue ; mais ce sentiment aussi de gêne persistante à l’égard de ce qui fait d’abord sa signature, et que je ne suis toujours pas parvenu à surmonter : cette oralité fondée par saturation sinon sursaturation de l’ironie (voir bien sûr le cas – séminal et paradigmatique – de Portnoy) – qui explique l’état d’ébriété dans lequel le lecteur se trouve en fermant le livre, au point qu’on est obligé de dévorer homéopathiquement l’œuvre pour l'apprécier pleinement. 

mercredi 16 mai 2018

SONNET SELON GUILLEVIC

Ces mots relevés de Guillevic dans « Épître, XIII » (13 janvier 1955), la simplicité efficace à énoncer l’éthique en acte d’une création, pour ce qui ne semble être qu’ensemble « structuré » et « esthétique ancienne » – une forme passée par toutes les voix et distorsions – savoir : « […] si du sonnet j’ai fait ma chose / et non pas répété, ma foi, ce qu’on connaît » ; à prendre dans l’opposition établie par Jean Tortel dans sa lettre du 29 décembre 1954, entre le répété et le redit qui met sur la voie du renouvellement (Discussion sur la poésie, Tortel, Daix, Guillevic, Aragon, Europe, 111, mars 1955) ; d’où chez Guillevic « […] et, pour la nouveauté, / Je ne connais que celle où l’avenir fredonne ».

UNE PÉTITION À SIGNER ET DIFFUSER

mardi 17 avril 2018

ÉCHELLE DE LA PENSÉE

Au fond, par les « opérations spécifiques » (p. 22) dont elle est capable, la science mystique, science paradoxale, science expérimentale, suspecte et tenue en lisière de l’institution des savoirs, se classe à son tour – comme manière de parler et manière de signifier – parmi les arts de faire. Elle se charge même d’une valeur paradigmatique, ainsi que le vérifie l’ouverture du tome I : « Le fondamental est chez [les mystiques] indissociable de l’insignifiant. C’est ce qui donne du relief à l’anodin. Quelque chose bouge dans le quotidien. Le discours mystique transforme le détail en mythe ; il s’y accroche, il l’exorbite, il le multiplie, il le divinise. Il en fait son historicité propre. Ce pathos du détail […] se marque d’abord en ceci que le minuscule découpe une suspension du sens dans le continuum de l’interprétation. Un éclat tient l’attention en arrêt. Instant extatique, éclair d’insignifiance, ce fragment d’inconnu introduit un silence dans la prolifération herméneutique. » (édition citée, p. 19). L’œuvre y découpe ses objets, elle donne son échelle propre comme on parle de l’échelle d’une carte de géographie.

TATOUAGES ET AUTRES STIGMATES

À la « dramaturgie corporelle » que résume De Certeau au début du deuxième volume de La fable mystique (Gallimard, 2013, p. 27) est associée avant tout « une phénoménologie, dispersée, mais intarissable, de “singularités” physiologiques (plaies, incisions, pertes de sang, enflures, lévitations, distorsions physiques) ou sensorielles (touchers internes, dégoûts, hallucinations olfactives, auditives ou visuelles) »  – ces « tatouages » qui deviennent à l’occasion stigmates sont peut-être qualifiés de « signatures corporelles » (p. 26) mais ont pourtant peu à voir avec quelque corps de l’écriture, sur lequel se clôt par contre le volume précédent.

CULTURE DU LANGAGE


Jean-Louis Chiss, La Culture du langage et les idéologies linguistiques, Limoges, Lambert-Lucas, 2018, 240 p.

LA PASSION NOMADE

L’insistance portée sur la figure passante du mystique ; et la relation aux lieux : topique et « atopie », un lieu où se perdre. Corrélation avec les diagrammes et les pas de la ville dans L’Invention du quotidien. Le nœud est le corps, et sa relation au dire : il tient entre le modus loquendi et une « écriture » qui « se développe essentiellement comme une manière de marcher » (p. 402). Car ce qui est mystique est ce qui « ne peut s’arrêter de marcher » au nom du « ça » qui le porte (p. 411). Labadie. Mais le propos s’effrite en métaphores : « la marche sonore du poème » (p. 408), « le poème, comme toujours, devance la marche » et « mais peut-être l’a-t-elle rendu possible » (p. 405). D’où ce report : « Le converti ne se contente pas de quitter des lieux ; tel un “shifter” (au sens que Jakobson donne à ce terme) », et le choix du mot non-traduit est doublement motivé par sa sémantique (comparativement aux « indices », « indicateurs », « indexicaux » et autres « déictiques »), « il les met en mouvement et les brouille comme des cartes » (p. 389). Là où peut-être le concept casse le plus, enfermant la pensée dans le piège du temps (de son époque).

CORPS ÉCRIT

Ces modi significandi, De Certeau s’en approche à coups de métaphores. Du « silence dans la rumeur des mots » (p. 208), envisagé comme « effets d’un silence dans le langage » (p. 258), au « parler inaudible » (p. 259) comme à « l’écho, inarticulable, d’un Sujet inconnu » dont le locuteur devient le siège ou fiction de l’âme – habitée et parlée, ou même au « corps qui parle » (p. 404). C’est le nouveau régime de discours qu’assume ce qu’il appelle la phrase mystique– empruntant la définition de l’époque, celle qui s’installe au XVIIsiècle bien avant la grammaticalisation du terme : « façon de parler », « manière d’expression », « construction d’un petit nombre de paroles » (Richelet) que De Certeau commente en pleine cohérence sous l’espèce de « tournures » ou d’« usages » (p. 183). Cette « phrase mystique » peut néanmoins devenir le lieu du « poème mystique » (p. 245) en tant qu’elle produit non une ontologie du signe ou une ontologie du vrai, mais « dans le langage des effets relatifs à ce qui n’est pas dans le langage » (p. 200) jusqu’à devenir un « artefact du Silence » (p. 208). En ce sens, la phrase mystique ressortit bien aux « manières de parler mystiques » (p. 205) ; plus que des expressions et des tournures cependant, le « “corps” qui y parle », dont De Certeau essaie de tenir le difficile concept, parfois raté sous la forme du lexique (p. 272) ; bref, tout ce qui – blessé, glorieux, écrit dans la geste mystique – participe de cette invention ouverte d’un « corps pour l’Autre » (p. 405). 

MODUS LOQUENDI

Il y un embarras quand même à coordonner de la sorte les termes du débat, et inévitablement à leur retirer complexité et résonance. Une réserve potentielle de la lecture (dans l’acception logique et physique du terme). D’un côté, si la manière, et De Certeau en circonscrit le champ conceptuellement instable pour sa période – manière / manières / maniérisme (p. 194-196) – se pense comme modus, elle ouvre sur une grammaire et même une sémiotique des modalités. Pouvoir, devoir, vouloir sur l’axe du savoir, du dire, du faire : la classification des verbes dits modaux, et la mise en tension entre l’opération mystique et l’opération de vérité, ce qui intéresse l’auteur de prime abord ; la « distribution pronominale » que complète la « distribution des modalités » (p. 254). En regard, un modus loquendi qui regarde vers des modi significandi, c’est-à-dire des « modes actifs ou passifs » qui obligent à s’interroger sur la « force » des « mots » (p. 173) en deçà ou au-delà d’une perspective illocutoire.

ALLOCUTION (III)

S’il y a cette conception contractuelle des sujets, c’est que la communication mystique présuppose « l’institution de dire » (p. 243). Ou si l’on veut, que le dire se rapporte régulièrement à cette présupposition institutionnelle. Sur cette base se partagent et se redistribuent sans cesse l’ici et l’ailleurs, l’homogène et l’hétérogène, le dedans et le dehors (avec démarquage de la ligne Blanchot-Foucault). C’est dans ce cadre que la manière de parler qui serait la manière mystique même devient « une manière de pratiquer autrement le langage reçu » (p. 28-29), indice d’altérité qui s’achève à certains endroits de la démonstration dans les différences du style ; à d’autres qui s’organise non moins formellement, techniquement, – en son éthique propre – comme « l’art de produire des combinaisons et des artefacts de toutes sortes » (p. 121). Ce qui se dispose évidemment en continu de la théorie des pratiques, des usages et des formalités dans L’Invention du quotidien

ALLOCUTION (II)

Cette « dramatique de l’allocution » (p. 223) valide le juridisme propre de la pragmatique. Elle comporte sa part de mythologie. À plusieurs reprises, il est fait mention de « contrats énonciatifs » (p. 65) et même de « contrats du langage » (p. 69). S’il s’agit bien de saisir les « changements entre les locuteurs » au gré de ces contrats, c’est le langage qui lie ou relie, mettant au jour des « formalités relationnelles » (p. 65). La communication de nature spirituelle devient ce lieu capable de « créer des accords entre volontés pour établir de nouvelles règles et pour former ainsi des unités sociales » (p. 227) et, s’il était vraiment nécessaire de préciser quel modèle de l’individuation est ici à l’œuvre, l’auteur pose de lui-même explicitement que « le volo est l’priori et non l’effet du discours » (p. 228). Ce qui revient à dire que le langage, et a fortiori la langue, présuppose du sujet, des sujets.

ALLOCUTION (I)

La « pragmatique de la communication » (p. 165) se laisse décrire au rang d’une « dramatique de l’allocution » (p. 223), selon une théâtralité des places et des rôles. Mais elle donne lieu sinon à une indétermination du moins à une interchangeabilité des catégories énonciatives, qui est symptomatique de la théorie du sujet, et spécifiquement de la théorie de l’altérité que prend en charge la mystique (car la mystique, selon De Certeau, reste le lieu même de l’autre, ce qui vient briser l’homogène ; et l’enjeu est toujours de « dire l’autre » (p. 21) du sein même de la tradition et de l’institution religieuses), – soit : interlocuteursdestinateur et destinatairelocuteur et « allocutaire », etc. 

UN ART DE PARLER

Cet « art de parler » apparaît comme une expression elle-même modalisée. Sans être incertaine, elle demande d’être explorée. Mais elle porte et conserve de multiples ambiguïtés qui, pour être déclinées une à une, ne sont pas vraiment dénouées. En premier lieu, ce qui liant l’art de parler à des « manières de parler » s’inscrit aussitôt dans l’histoire de la rhétorique et les « arts de seconde rhétorique » (p. 157). L’idée de manière y subit une restriction technique : « une manière de “tourner” » (p. 259) qui l’assimile même imparfaitement à « un procédé » ou à « un “style” » (p. 131 et 135). En second lieu, cet art de parler se déploie à l’image d’une grammaire modale, ou plus rigoureusement, d’une grammaire des modalités : il y a un modus loquendi (p. 109) comme il y a un modus agendi ou des modi significandi (p. 173). En dernier lieu, il engage une « théorie du discours adresséefficace et circonstanciel » (p. 167). Une rhétorique, une logique, une pragmatique.

L'INFINI ET LA LANGUE (DE LA MYSTIQUE)

À parcourir de nouveau La fable mystique (t. I, Gallimard, coll. « Tel », 1982), ouvrage ouvert il y a presque trop longtemps, c’est à l’évidence la cohérence de l’ensemble qui se détache, en plus d’être cet objet d’histoire privilégié – disons même : central – pour l’œuvre. Mais aussi ce qu’il en explicite. Certes, la mystique y est fondée comme problématique du langage, en tant qu’elle se réclame d’être elle-même « science » problématique aux XVIeet XVIIsiècles. Ces deux aspects sont en vérité inséparables. Il y a bien articulation de la « connaissance mystique » sur « du langage » (p. 158) en tant que cette connaissance est en devenir – ce qu’il y a à connaître– parce qu’elle noue « l’infini et la langue », confronte de surcroît le discours à « l’affirmation théologale que la parole ne saurait manquer » (p. 158), mais ce qui est défini au titre de la « condition même de la connaissance » (p. 221) est aussitôt posé comme « nouvel “art de parler” » (p. 158).

dimanche 8 avril 2018

PERFORMANCES MUSICALES ET ALLOCUTIONS


EN AVANT LA MUSIQUE !

Le bilan médiatique de la manifestation du 7 avril 2018 et une direction d’école obstinément désemparée et muette :


mardi 3 avril 2018

OISEAU-PIGMENT


Celui que les locuteurs québécophones s’entêtent à ne jamais passer au pluriel en –aux, alors qu’il doit à l’évidence son identité à sa robe rouge de diacre. Au reste, s’il se tient ici en garant des régularités morphologiques, il se découvre surtout signe prometteur d’un long dégel, sous des températures encore piquantes, au milieu des sols humides et instables que déserte peu à peu l’hiver. L’oiseau-pigment prend par surprise le paysage.